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Depuis 25 ans , Toulouse est une ville phare en France et en Europe pour la prise en compte de la population sourde, parce qu’on y pratique plus facilement qu’ailleurs la langue des signes. Pour le travail, pour la scolarisation de leurs enfants, pour vivre mieux, ils ont fait le choix de s’installer dans la ville rose.

 

Hélène : « j’ai  repris confiance, ici on m’écoute , on me comprend »  

Sourde de naissance, Héléne a suivi sa scolarité avec des entendants. Elle n’a appris la langue des signes qu’à l’âge de 12 ans. Après un long séjour à Montpellier, elle a déménagé à Toulouse pour trouver du travail. Un choix qui a changé sa vie.

Nathalie : « pour l’avenir de mes enfants »

Née sourde, Nathalie a fait le choix de quitter la Bretagne pour ses enfants, ils ont 2 et 3 ans. Comme beaucoup de parents d’enfants sourds, elle a choisi Toulouse pour que ses enfants puissent suivre leur scolarité en langue des signes.

Brigitte : « mieux accompagner l’annonce de la surdité »

Née à Besançon, sourde de naissance,  Brigitte a suivi sa scolarité dans le monde oraliste jusqu’à 15 ans. Mère de deux enfants sourds, elle est éducatrice en langue des signes à la « Bulle Rose ». Même à Toulouse, où les enfants peuvent suivre leur scolarité en langue des signes dès la maternelle, il reste beaucoup à faire pour l’accompagnement des bébés de 0 à 3 ans.

Interprète : Gaëlle Eicherberger  (INTERPRETIS) – Moyens techniques : EJT

Eclairage

3 questions à François Goudenove, directeur de Web Sourd

Credit photo - Web sourd
credit photo : web sourd

Qu’est ce qui fait que la communauté sourde est bien intégrée à Toulouse depuis une trentaine d’année ?
Historiquement, partout en France, les gens qui savaient ce qui était bon pour les sourds c’était les médecins, et c’était la santé publique. A Toulouse, il y a eu un accueil très différent sur la surdité. La langue des signes a tout de suite été vue comme une langue, alors qu’ailleurs en France on disait le langage des signes, on considérait que c’était un code pour aider les pauvres sourds à comprendre un peu les choses.

Toulouse est naturellement rebelle à l’autorité jacobine parisienne, il suffisait que le ministère dise « il faut faire comme ça » pour qu’à Toulouse on n’applique pas la consigne, et qu’on s’autorise le droit à l’expérimentation, à tester des choses différentes.
Ces facteurs se sont combinés il y a 25, 30 ans pour oser faire ce qu’ailleurs on n’osait pas faire. Les résultats étant là, les sourds français qui avaient envie de vivre dans une ville moins compliquée qu’ailleurs ont commencé à émigrer vers Toulouse.
Ce qui fait qu’aujourd’hui par exemple, sur les 330 interprètes en langue des signes sur l’ensemble du territoire, il y en a 10% à Toulouse.
Et puis, il y a aussi un acteur important : les occitans. Ils ont toujours considéré que la meilleure façon de se battre pour la langue occitane, c’était de se battre pour l’ensemble des langues, et la langue des signes en est une. Ce n’était pas vu comme une particularité médico sociale.

Vous êtes un ancien salarié d’Airbus, comment en êtes vous arrivé à diriger Web Sourd  ?
J’étais en effet un jeune cadre dynamique promis à une brillante carrière. J’ai 3 enfants, et il se trouve que mon 3eme fils est sourd. Et c’est là que j’ai découvert que le système éducatif français était une machine à exclure les sourds. Je me suis rapproché du mouvement associatif, et nous avons décidé de créer « Web Sourd » en 2003. L’idée était de redonner aux sourds coupés du monde, l’accès à l’information, au savoir, à la connaissance. Très vite, on a compris l’intérêt d’un portail internet, d’une télé en langue des signes, avec quelque chose de formidable : l’interactivité.
Nous avons développé un service de communication à distance en visiophonie, les sourds peuvent téléphoner par écran interposé avec un service d’interprètes. Le dispositif est implanté dans des lieux publics et dans les entreprises pour faciliter la communication avec les salariés sourds. Nous avons créé de nombreux services qui changent la vie quotidienne des sourds. Notre dernière création, ce sont des avatars en 3D qui doublent automatiquement en langue des signes, on les retrouvera bientôt dans toutes les gares de France, sur des écrans plats, le système vocal que vous entendez dans les hauts parleurs sera doublé en langue des signes. Actuellement, on a une progression de 35% par an, au départ nous étions deux, nous sommes 37 salariés aujourd’hui.

C’est une vrai « succes story » ?
Oui , mais ce qui est surtout très important, c’est que la société civile s’est emparée du projet « Web Sourd ». Le maire de Toulouse – Pierre Cohen – considère aujourd’hui que l’innovation sociale autour de la langue des signes doit devenir l’un des 4 pôles d’excellence de la métropole toulousaine, avec l’aéronautique, le canceropôle et le numérique. C’est devenu la vision des acteurs politiques, avec la vocation de devenir un modèle inspirant pour d’autres endroits, que ce soit en France ou en Europe.

(Propos recueillis par Olivier Lebrun)

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